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13 novembre 2019

Stéphane Quintin - squintin@lexismedia.ca

La semaine où Matane a mené ses bataillons à la victoire, à la défense de son cégep

Cégep de Matane

Réforme Legault Cégep de Matane mobilisation milieu

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Le Cégep de Matane, menacé par la volonté de réforme avortée du PEQ par le gouvernement Legault, a été au coeur des préoccupations du milieu économique et politique la semaine dernière.

Le milieu des affaires de Matane devrait conserver pendant longtemps la mémoire de la semaine ayant précédé le jour du Souvenir 2019, au cours de laquelle le cégep de la région est allé jusqu’à faire la une des manchettes nationales, dans le cadre du projet de réforme avorté du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les impacts sur la MRC de ce règlement, finalement abandonné le 8 novembre, avaient poussé l’ensemble des acteurs économiques et politiques à serrer victorieusement les rangs pour venir à la défense de leur établissement collégial.

Jusqu’à la mise au rancart de ce projet controversé vendredi dernier, qualifié de « grande victoire » par le député Pascal Bérubé, qui avait multiplié ses interventions à la Chambre pour marteler son opposition à cette réforme du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), c’est une atmosphère de stupeur, de crainte et de déception qui a régné au Cégep de Matane, directement impacté. Le règlement défendu par le ministre Jolin-Barrette concernait le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui donne la possibilité à des étudiants internationaux de rester dans la province à l’issue de leurs études en obtenant un permis de travail temporaire. Le ministère voulait arrimer la liste des formations reconnues par le PEQ aux besoins du marché du travail, menaçant de renvoyer chez eux, à travers ce resserrement des règles de l’immigration, les étudiants étrangers ne cadrant pas avec les priorités du gouvernement.

En cas de validation de ce règlement controversé, pour lequel François Legault a présenté, depuis, ses excuses, le Cégep de Matane aurait vu quatre de ses formations disparaître de la liste du MIFI : l’animation 3D, le tourisme, la photographie ainsi que l’aménagement et urbanisme. Dans le même temps, des étudiantes étrangères qui se seraient inscrites au baccalauréat en sciences domestiques, jadis créé pour former les mères au foyer, auraient bénéficié paradoxalement d’un accès facilité au marché du travail par le gouvernement, cette formation d’un autre temps figurant pour sa part sur la liste du ministère. Après un premier recul, annonçant une clause de droit acquis aux étudiants et travailleurs déjà établis au Québec dans les programmes rayés de la liste, le Premier Ministre a finalement décidé de mettre l’ensemble du projet sur la glace afin de mieux consulter le milieu sur les impacts réels de cette mesure.

« Quelle belle nouvelle pour nos récents diplômés, nos étudiants, l’ensemble de notre communauté collégiale et toute la Matanie ! », s’est réjoui le directeur général du Cégep de Matane, Pierre Bédard. L’établissement s’est associé aux cégeps de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Gaspésie et des Îles, de Baie-Comeau et de Saint-Félicien pour saluer la décision de suspendre l’application de cette réforme. « Cette suspension nous permettra, confrontés à de sérieux défis démographiques, de continuer à nous tourner vers le recrutement international, sans discrimination, afin de répondre aux besoins d’une main-d’œuvre diversifiée et qualifiée nécessaire à la prospérité de nos régions », ont souligné ces établissements.

Réforme Legault Cégep de Matane mobilisation milieu

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Pierre Bédard, directeur général du Cégep de Matane.

Un manque de sensibilité du gouvernement ?             

Déplorant l’absence totale de consultation du Cégep de Matane dans cette démarche, son directeur, Pierre Bédard, a rappelé qu’avec une proportion d’à peine 20 % des étudiants de l’établissement originaires de la Matanie (contre 45 % venus de l’étranger et 35 % du reste du Québec), sept programmes, en comprenant les quatre affectés par leur retrait de la liste des formations reconnues par le PEQ, auraient risqué de disparaître dans les années à venir. « Pourquoi des étudiants français viendraient à Matane sans savoir si au bout de leur diplôme ils auraient la possibilité d’intégrer le marché du travail ? Nous comprenions d’autant moins la vision très étroite du gouvernement que le taux de placement pour les quatre formations visées par un retrait de cette liste avoisine les 100 %. L’annonce du gouvernement a été une surprise totale. Je n’aurais même jamais pu l’imaginer. Je me questionne beaucoup sur leur raisonnement et le manque de sensibilité de M. Legault quand il mentionne qu’on veut juste remplir le cégep d’étudiants pour des raisons financières », a dénoncé M. Bédard, en rappelant que l’établissement comptait au moins trois anciens étudiants étrangers dans ses employés actuels.

Réforme Legault Cégep de Matane mobilisation milieu

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Jérôme Landry, Annie Fournier, Pierre Bédard, Isabelle Cayer, Lucie Dumas, Alain Gagnon, Line Ross et Jean Langelier.

« À l’obtention de leur diplôme, un certain nombre vont choisir de s’établir en région et contribuer à la revitalisation de leur milieu d’adoption, rajeunissant une population vieillissante » - Pierre Bédard, directeur général du Cégep de Matane

Qualifiant cette mesure de « non-sens », à la veille d’un séjour de recrutement à l’étranger, le directeur général a voulu rappeler qu’en-dehors de l’aspect humain déplorable entourant l’expulsion potentielle des étrangers venus étudier au Québec dans la perspective d’intégrer le marché du travail, l’expertise développée au cégep dans certains domaines issus des nouvelles technologies était à préserver. « Pourquoi se priver de ces étudiants qui pourront répondre aux défis du virage numérique ? L’arrivée de jeunes d’autres horizons contribue à dynamiser le milieu aux plans culturel, sportif, social et économique. Ils occupent des emplois à temps partiel pendant leurs études, répondant à des besoins locaux criants en main-d’œuvre. À l’obtention de leur diplôme, un certain nombre vont choisir de s’établir en région et contribuer à la revitalisation de leur milieu d’adoption, rajeunissant une population vieillissante », a complété M. Bédard, en expliquant que la desserte de la région par une institution d’enseignement supérieur, dont les 50 ans seront célébrés en 2020, était garantie notamment par la présence de ces étudiants étrangers permettant de pérenniser l’offre de formations sur place.

« Comme maire, j’ai vu cette mesure comme une attaque contre ma ville, mon cégep et ma région » - Jérôme Landry

Le monde des affaires forme ses bataillons               

Le 7 novembre dernier, le maire de Matane, Jérôme Landry, le directeur de la Chambre de commerce, Alain Gagnon, le directeur du FIDEL (Fonds d’innovation et de développement économique local), Jean Langelier, la directrice de la SADC (Société d’aide au développement des collectivités), Annie Fournier, la directrice de Squid Squad, studio de sous-traitance en post-production et en effets spéciaux cinématographiques de Matane, Lucie Dumas, la directrice du CDRIN (centre de développement et de recherche en imagerie numérique), Isabelle Cayer et la directrice de la MRC, Line Ross, s’étaient regroupés au cégep pour annoncer leur soutien aux étudiants et défendre l’institution. « Comme maire, j’ai vu cette mesure comme une attaque contre ma ville, mon cégep et ma région », a-t-il martelé en rappelant l’importance des étudiants internationaux dans la vitalité de Matane.

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Jérôme Landry, maire de Matane.

« En coupant les vivres du cégep, on coupe directement les vivres du CDRIN » - Isabelle Cayer, directrice du CDRIN (centre de développement et de recherche en imagerie numérique)

Les acteurs du milieu économique local ont notamment rappelé que la consommation de ces étudiants, dans les domaines de l’hébergement, de la restauration et des loisirs, avait des retombées estimées à 5 M$ annuels. Depuis sept ans, près de 100 étudiants ont participé à des activités de recherche collégiale au CDRIN. Parmi eux, 60 % provenaient de la mobilité internationale. « En coupant les vivres du cégep, on coupe directement les vivres du CDRIN », avait souligné Mme Cayer. L’entreprise Squid Squad a précisé qu’une dizaine de finissants en Techniques d’animation 3D et de synthèse d’images y travaillaient actuellement, alors que le programme, selon le gouvernement, ne faisait pas partie de la liste des domaines en demande sur le marché du travail.

Une quinzaine de diplômés du cégep, dont certains originaires de l’Île de la Réunion, participent au démarrage d’une entreprise au sein de l’ALT Numérique. Quant à la MRC, elle a rappelé que le besoin de personnel qualifié dans les domaines de l’aménagement et de l’urbanisme étaient très importants, contrairement à la vision du gouvernement. « Les municipalités s’arrachent ces diplômés, formés dans seulement trois cégeps au Québec, dont Matane », a rappelé Mme Ross, en mentionnant par ailleurs des « besoins criants » dans le domaine du tourisme.

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Lucie Dumas, directrice de Squid Squad, studio matanais de post-production et d'effets spéciaux cinématographiques.

« Les discours des différents intervenants d’aujourd’hui m’ont vraiment fait chaud au cœur » - Manon Genevrier, étudiante en 3e année de photographie au Cégep de Matane

Manon Genevrier, en troisième année de photographie au cégep, par ailleurs employée à temps partiel dans un commerce de détail de Matane, a déclaré qu’elle se sentait intégrée dans la région, jusqu’à l’annonce du gouvernement Legault venue semer le doute dans l’esprit des étudiants. « Je suis venue étudier au Québec pour la qualité de la formation du Cégep de Matane, dans l’idée de travailler à l’issue de mes études dans un contexte de manque de main-d’œuvre. Je me suis sentie expulsée. Les discours des différents intervenants d’aujourd’hui m’ont vraiment fait chaud au cœur », avait-elle réagi le 7 novembre. Pour sa part, Lucas Yovogan, lui aussi en troisième année de photographie, n’a pas caché son soulagement devant cette mobilisation. « Les étudiants internationaux avaient vraiment reçu la nouvelle comme une douche froide », avait regretté quant à lui Ferdinand Benard, diplômé en 2017 après trois ans d’études en multimédias, aujourd’hui employé par le cégep.

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Manon Genevrier et Lucas Yovogan, des étudiants français du Cégep de Matane, en 3e année de photographie.

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