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07 novembre 2019

Stéphane Quintin - squintin@lexismedia.ca

La DG de la Matanie maintenue à son poste : la hache de guerre enterrée à la MRC ?

Élection préfectorale en Matanie

Luttes MRC Matanie

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

De gauche à droite et de haut en bas, le conseil des maires de la MRC, le préfet Denis Santerre, maire de Baie-des-Sables, le maire de Matane, Jérôme Landry, et la directrice générale et secrétaire-trésorière de la MRC, Line Ross.

Au surlendemain d’une mystérieuse réunion publique extraordinaire écourtée du conseil des maires de la Matanie, qui s’est tenue dans la soirée du 5 novembre sur convocation des élus de Matane et de Sainte-Félicité, avec pour sujet l’entente de fin d’emploi de la directrice générale, l’ensemble des membres du conseil des maires ont tenu à réitérer à l’unanimité leur pleine confiance envers cette dernière. Que révèle cet épisode à la veille de la prochaine élection préfectorale ?     

Dans le communiqué de presse envoyé par la MRC de la Matanie pour rendre publique une confirmation de la confiance accordée par les membres du conseil des maires à la directrice générale et secrétaire-trésorière de la MRC, Line Ross, les élus de la Matanie ont voulu mettre en avant l’union, la confiance en l’avenir et le travail collectif en cette période de budget. « Nous souhaitons rassurer la population. Il ne s’agit pas d’un manque de transparence, mais bien de règles de non-divulgation liées aux dossiers de ressources humaines, en place pour protéger l’intégrité et la réputation des personnes. Après ce malheureux épisode, l’ensemble des membres du conseil et moi-même tenons à préciser que l’intégrité, le dévouement et la rigueur du travail de Mme Line Ross n’ont en aucun cas été remis en question et qu’elle reste à la direction de la MRC. Nous voulons tous mettre cet épisode derrière nous pour nous recentrer sur la préparation de la future année, qui promet d’être riche en défis pour la Matanie », a mentionné le préfet Denis Santerre dans le communiqué, en reconnaissant malgré tout une « divergence de point de vue quant au développement de la MRC ».

Conseil des maires MRC de la Matanie

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Une séance extraordinaire du conseil des maires s'est tenue le 5 novembre, avortée en moins de deux minutes par les élus pour des raisons de confidentialité.

Un « putsch » de Matane ?             

À l’issue de la séance extraordinaire du 5 novembre, à laquelle près d’une vingtaine de citoyens s’étaient rendus, deux anciens élus de la région, Yvan Imbeault et Réginald Desrosiers, ont accusé la ville-centre de vouloir prendre le contrôle de la MRC, le second allant jusqu’à parler de « putsch » pour pousser Mme Ross à la retraite avant la fin de son contrat, prévue normalement dans deux ans. Face à ces allégations, le maire de Matane, Jérôme Landry, réitérant lui aussi sa confiance envers la directrice générale, a voulu rappeler que les maires de la Matanie lui avaient donné comme mandat, à lui et au préfet, de négocier une entente de départ à la retraite avec Mme Ross à la suite d’un lac-à-l’épaule tenu à Matane. « Cette démarche-là n’était pas une question de bris de confiance ou d’incompétence. On voulait discuter avec elle des deux dernières années de son contrat et parler d’enjeux dans la planification stratégique et les modalités du pacte fiscal. On voulait regarder aussi certains éléments par rapport à sa situation personnelle, qui n’ont pas besoin d’être mis en avant », a-t-il expliqué, en ajoutant que les maires avaient reçu à la mi-octobre, dans le cadre de ces démarches, une proposition de fin d’emploi de la directrice au cours d’une réunion de travail à laquelle, n’ayant pu se rendre lui-même, le maire de Matane avait délégué le conseiller Steve Girard.

Jérôme Landry maire de Matane

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Le maire de Matane Jérôme Landry a voulu répondre aux accusations de « putsch » lancées le 5 novembre par d'anciens élus de la Matanie.

« L’ensemble des élus sont prêts à travailler avec elle donc il n’y a pas de problèmes. La machine continue à fonctionner et on a encore beaucoup de défis à relever à ses côtés » - Jérôme Landry, maire de Matane

« Au moment de cette discussion, ce qui m’a vraiment rendu furieux, c’est que le préfet a demandé au représentant de la Ville de Matane de se retirer. C’est pour ça que j’ai demandé la séance spéciale du 5 novembre », a-t-il expliqué, en ajoutant que les délais très courts pour que les élus soient notifiés de cette nouvelle rencontre l’avaient poussé à avoir recours à un huissier. « Ce qui est arrivé par la suite, mardi après-midi, lors de la rencontre du comité administratif de la MRC, c’est que Mme Ross nous a annoncé qu’elle retirait finalement sa proposition de fin d’emploi. Elle nous a affirmé qu’elle voulait rester à la MRC. C’est pour ça qu’on a dû fermer rapidement la séance publique extraordinaire, pour mettre l’ensemble des élus au courant de cette nouvelle donnée, mais aussi à cause de la prudence requise au niveau de la confidentialité des dossiers traitant des employés », a développé le maire, en déclarant n’avoir pas voulu discuter de ces nouveaux développements durant la séance publique, étant donné que tous les élus de la Matanie n’avaient pas encore été mis au courant, le comité administratif n’étant composé que de cinq membres sur onze maires et mairesses. « La situation a finalement fait en sorte que la directrice générale a voulu rester avec nous. L’ensemble des élus sont prêts à travailler avec elle donc il n’y a pas de problèmes. La machine continue à fonctionner et on a encore beaucoup de défis à relever à ses côtés », a-t-il renchéri. Rencontrée le 7 novembre, Mme Ross n'a pas voulu commenter, s'en tenant au communiqué de presse émis par la MRC.

Une lutte d’influence à la MRC ?              

Pour sa part, le préfet actuel de la Matanie, Denis Santerre, qui a reconnu dans le communiqué officiel une « divergence de point de vue quant au développement de la MRC », n’a pas voulu réagir à la version des faits racontée par le maire de Matane, pour éviter « d’alimenter une guerre entre la ville-centre et la MRC ». Il a seulement rappelé l’importance de ne pas briser la réputation de Mme Ross, secondé là-dessus par tout le conseil des maires, et expliqué que M. Girard avait été invité à quitter un moment la réunion de travail de la mi-octobre en raison de la confidentialité du dossier, qui aurait nécessité selon lui la présence du maire de Matane, mandaté avec le préfet pour négocier avec Mme Ross.

Le préfet comme le maire de Matane ont chacun reconnu qu’en 2017, intéressés tous les deux par la préfecture, ils s’étaient entendus pour que M. Santerre soit proposé à ce poste pour les deux premières années, tandis que M. Landry se serait concentré sur les années 2019-2021, les cinq nouveaux conseillers municipaux sur six de Matane ayant eu le temps, au bout de deux ans, selon l’élu, de mieux se familiariser avec l’exercice de leurs fonctions. En novembre de cette année, c’est le maire de Matane qui aurait été proposé par son homologue de Baie-des-Sables au moment de donner des candidatures pour le scrutin.

Line Ross directrice générale MRC Matanie

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Directrice générale de la Matanie depuis plusieurs années, Line Ross a vu l'entité gagner en importance, notamment depuis l'abolition du CLD dans la région.

« Considérant la situation actuelle, je souhaite ardemment que d’autres élus puissent se présenter parce que ce poste-là est loin d’être ma priorité. J’ai beaucoup de défis à relever à Matane » - Jérôme Landry, maire de Matane

À la suite des cafouillages liés à cette « affaire Line Ross » qui comporte encore des souterrains, pour les deux élus, cet accord tacite est devenu caduc. Le maire de Baie-des-Sables explique que si ses pairs lui mettaient une main dans le dos, il serait prêt à continuer son travail de préfet. Pour sa part, Jérôme Landry s’est dit « extrêmement déçu par rapport au leadership de la préfecture ». « Considérant la situation actuelle, je souhaite ardemment que d’autres élus puissent se présenter parce que ce poste-là est loin d’être ma priorité. J’ai beaucoup de défis à relever à Matane. Il va sûrement y avoir des tractations d’ici au 27 novembre », a-t-il conclu.

Les enjeux de la prochaine élection               

Rappelons qu’au sein du conseil des maires, selon les lettres patentes de la MRC, le représentant de Matane détient 9 voix, contre une pour chacun de ses collègues (une voix par tranche de 1 700 habitants). Une atténuation du poids politique de Matane était prévue par la loi uniquement si la municipalité avait représenté à la fois plus de 50 % de la population totale de la Matanie (ce qui est le cas avec 14 224 habitants sur 21 140) et si son nombre de voix à la MRC avait dépassé 50 % du total (ce qui n’est pas le cas puisque Matane détient 9 voix sur 19). Derrière l’élection du préfet, alors que le pacte fiscal a été renégocié avec les municipalités par le gouvernement Legault, se cache le nouveau poids de la MRC, acquis notamment dans le domaine du développement économique depuis la suppression du CLD. « Le grand défi, c’est de s’assurer que cet argent-là est bien utilisé, bien géré, de façon efficace et sans "petits amis" », avait ironisé le Premier ministre québécois à la signature de ce nouveau pacte le 30 octobre, alors que la création d’un Fonds région et ruralité doté de 1,3 Md de dollars sur 5 ans devrait susciter bien des convoitises et relancer les débats autour de l’équilibre à trouver entre les villages ruraux d’une MRC et sa ville principale. 

Denis Santerre préfet MRC Matanie

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

La succession du préfet actuel Denis Santerre se jouera entre les maires et mairesses de la Matanie le 27 novembre.

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