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31 octobre 2019

Stéphane Quintin - squintin@lexismedia.ca

Auteure d’un livre sur l’agoraphobie, une Matanaise raconte sa thérapie par l’écriture

Littérature

Julie Turbide auteure Matane Anxiogène

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Originaire de Matane, Julie Turbide a publié son premier livre en 2019, une autofiction traitant du trouble panique avec agoraphobie contre lequel elle a dû se battre pendant plusieurs années.

Aujourd’hui résidente du quartier de Val-Bélair, à Québec, Julie Turbide, originaire de Matane, où elle a étudié à la polyvalente et au cégep, est venue présenter son premier livre à la Chouette librairie début octobre. Paru en 2019, ce récit autobiographique raconte son combat de plusieurs années contre un trouble panique avec agoraphobie qu’elle a fini par apprivoiser, notamment grâce à l’écriture.

Palpitations, transpiration, tremblements, souffle coupé, sensation d’étranglement, gêne thoracique, nausées, vertiges, peur de devenir fou, de mourir ou de perdre le contrôle de soi, engourdissements, frissons et bouffées de chaleur : à partir de sa première crise de panique vécue dans un centre commercial de Matane à 19 ans, et qui s’est terminée par un transport en ambulance à l’hôpital, Julie Turbide a dû jongler avec cette palette de symptômes, déclenchés de manière inattendue et spontanée dans différents lieux publics.

Otage de ses peurs et d’un mal-être insondable, noyée par une impression de vivre en plein cauchemar, la confiance en miettes, dans un « creux barométrique » rendant insupportables le regard des autres et l’incompréhension du milieu médical, d’abord sans réponses face à ses crises répétées, la Matanaise, aujourd’hui âgée de 37 ans et mère de deux jeunes filles, raconte, dans son récit autobiographique « Anxiogène », publié aux éditions Essor-Livres, le long chemin parcouru pour adoucir son trouble.

« Je ne pense pas qu’on puisse guérir complètement de l’agoraphobie ; seulement, on peut apprendre à vivre avec, non sans efforts », explique-t-elle en mentionnant à quel point, dans ce processus de domestication d’une anxiété maladive trop longtemps minimisée comme un simple stress, l’écriture avait joué un rôle thérapeutique incroyable, lui permettant de fermer des portes sur cette parenthèse éreintante de sa vie. « J’ai écrit ce livre aussi pour ma fille aînée, qui présente également des crises d’angoisse. Quand elle sera prête à le lire, elle pourra s’appuyer sur mon histoire. Dans mon cas, j’avais dû attendre deux ans avant de recevoir un bon diagnostic, deux ans pendant lesquels je me suis épuisée à combattre un ennemi invisible ».

Julie Turbide auteure Matane Anxiogène

©Gracieuseté

« J’avais dû attendre deux ans avant de recevoir un bon diagnostic, deux ans pendant lesquels je me suis épuisée à combattre un ennemi invisible » - Julie Turbide

Mettre des mots sur son mal           

« Je ne veux pas qu’on me questionne. D’abord, je n’ai pas de réponses. (…) Ce sont les attaques de panique qui décident, pas moi ». Dans son autofiction, maniant la langue française avec un plaisir communicatif, mêlant à la fois des poèmes et une narration traditionnelle, une violence verbale et des envolées lyriques, maniant l’humour noir à grand renfort de jeux de mots et de nombreuses situations comiques, sur les sites de rencontre, un hôtel miteux de l’Ontario ou encore une vision gaspésienne de la capitale et de son fleuve pareil à un « verre de pluie contaminée », loin du grand large ayant nourri son enfance, Julie embarque le lecteur dans un voyage de 232 pages à travers les villes de Matane, Québec et Calgary.

Entre ses tentatives de survie à Place Laurier, les conversations rassurantes avec une psychologue de l’Université Laval, un road-trip américain et les lacs majestueux du parc national de Banff, l’auteure présente son kit de survie en forêt urbaine, évoque le parcours du combattant pour obtenir son bac en communication publique et une reconstruction sur plusieurs années, devant panser les plaies qu’un état de stress post-traumatique est venu creuser davantage. Soumise au bon vouloir des attaques de panique et d’une agoraphobie exacerbée, la Matanaise raconte enfin les angoisses ayant accompagné son rôle de mère, sa grossesse et son premier accouchement, dont les violences obstétricales sont évoquées sans complaisance.    

Le choix de la simplicité            

Touchée par des commentaires de lecteurs la remerciant d’avoir su mettre des mots sur des situations dont ils souffraient eux-mêmes en silence, Julie Turbide se réjouit d’avoir pu trouver, à travers l’écriture, une activité mieux adaptée à son état. Ayant pratiqué pendant quelques années le métier de traductrice, elle se consacre aujourd’hui à son rôle de mère et envisage de se plonger peut-être dans un futur projet sur la thématique de la simplicité, du minimalisme et du désencombrement quotidien. Après avoir réappris à vivre un lieu à la fois et développé une nouvelle hygiène de vie adaptée à ce trouble panique, la Matanaise aura trouvé, dans la voie de l’écriture, l’exutoire idéal au mal-être qui l’a longtemps rongée. Après s’être sentie rouillée de l’intérieur à l’âge de 20 ans, l’auteure sourit aujourd’hui en mentionnant la passion de sa fille pour les livres et ouvre avec ce premier récit une nouvelle page vibrante dans l’illustration de son amour des mots.

Plusieurs exemplaires du livre sont disponibles à la Chouette librairie.

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