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06 août 2019

Stéphane Quintin - squintin@lexismedia.ca

Conférence poignante sur le naufrage du B.F. à Baie-des-Sables : les familles des marins racontent

Histoire maritime : naufrage du B.F. des frères Bernier de Les Méchins

Louis Blanchette conférence B.F. Rachel Bernier

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Parmi les membres des familles des marins disparus du B.F., Rachel Bernier, âgée de plus de 90 ans et présente à la conférence, dont le jumeau Réal faisait partie des victimes, a tenu à réciter un poème de Blanche Lamontagne devant un public ému.

Dans le cadre de la semaine de célébrations organisée à Baie-des-Sables à la fin du mois dernier pour les 150 ans du village, le 25 juillet, tout un après-midi a été consacré au fleuve à travers une conférence de Louis Blanchette sur la disparition du B.F. en 1952, la diffusion du documentaire réalisé sur ce drame par le Groupe PVP ainsi qu’un concert du chœur l’Écho des Sables sur le thème de la mer. Les familles des naufragés ont livré un touchant témoignage.

« Ne me demandez pas pourquoi j’aime la houle / Que le reflux ramène aux lieux accoutumés ; / Ne me demandez pas pourquoi, loin de la foule, / J’aime revoir ces flots dans lesquels vous dormez !... ». Coupant court au moindre bruit, devant 200 personnes, la voix tremblante de Rachel Bernier a retenti ce jour-là dans un silence solennel, sous le chapiteau dressé devant la salle communautaire de Baie-des-Sables, pour lire cet extrait d’un poème de Blanche Lamontagne, ancienne résidente de Cap-Chat. Par ces vers, publiés en 1917, la nonagénaire voulait s’adresser à toutes les familles affectées par le deuil. Il y a 67 ans, au large de Baie-des-Sables, le caboteur B.F., des trois frères Bernier de Les Méchins, disparaissait corps et biens dans les flots, entraînant la mort de dix marins, âgés de 17 à 34 ans, dont le jumeau de Mme Bernier, Réal.

Un après-midi plein d’émotion      

Très ému par le nombre de spectateurs venus l’écouter ainsi que l’hommage rendu à la fin de sa conférence aux familles des naufragés présentes à l’événement, qui ont pris la parole pour livrer leurs souvenirs, l’historien Louis Blanchette a brossé un rapide portrait des principaux drames maritimes ayant marqué l’histoire du Saint-Laurent, se concentrant sur les disparitions survenues entre l’anse des Morts, à Grand-Métis, et la pointe aux Naufrages, du côté de Tartigou.

Par la suite, après avoir orienté son exposé sur le naufrage du B.F., il a donné la parole aux familles des victimes et répondu aux questions d’un public curieux, qui a intégralement rempli la salle communautaire pour assister en fin d’après-midi au documentaire du Groupe PVP paru en 2009 sur cette catastrophe maritime, trois ans après la découverte de l’épave par le service hydrographique du Canada.

Louis Blanchette conférence B.F.

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

L'historien Louis Blanchette a livré une conférence émue devant près de 200 personnes installées sous le chapiteau placé devant la salle communautaire.

Entre-temps, le chœur L’Écho des Sables, sous la direction de Suzanne Gari, a interprété une douzaine de chansons sur le thème de la mer, « Hardi les gars, vire au guindeau », « Mon bateau de papier », « Qui peut faire de la voile sans vent », « Le long des quais », « Mon voilier », ou encore « La Mer », de Charles Trenet, reprise par les spectateurs à la fin du concert. La vingtaine de choristes, accompagnés par Claude et Marie-Josée Gingras à la trompette et au piano, ont eu un retentissement particulier à l’issu de la conférence, rappelant dans une de leurs mélodies qu’à défaut de cimetière, les familles de marins se tournaient vers la mer.

Choeur L'Écho des Sables

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Le choeur L'Écho des Sables, sous la direction de Suzanne Gari, a interprété une douzaine de chants liés à la mer durant l'après-midi.

Des questions qui demeurent     

Après l’échouage au quai de Marsoui de leur goélette La Gaspésienne en 1951, fièrement bâtie dans le village de Les Méchins à la fin de la Seconde guerre mondiale, la famille Bernier, pour répondre à un contrat de livraison de bois de pulpe à Trois-Rivières, acquiert alors un navire en métal vieux de 35 ans qui prenait la rouille à Sorel, le Roseleaf, rénové en quelques mois. Rebaptisée B.F., pour Bernier et Frères, la barge, ballottée contre les parois du quai de Marsoui lors d’un chargement ayant précédé son départ, a sombré dans la nuit du 13 au 14 mai 1952, sans avoir eu le temps d’émettre un signal de détresse, lors de son premier voyage saisonnier. L’épave gît aujourd’hui à environ 75 mètres de profondeur (250 pieds), au large de Les Boules et Baie-des-Sables.

Maquette B.F.

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Le B.F. a fait naufrage dans la nuit du 13 au 14 mai 1952.

Reprenant plusieurs éléments déjà traités dans son livre « Disparus en mer », sorti en 2014, l’historien a rappelé que cette tragédie maritime continuait à susciter des questions toujours vives au sujet du mutisme des autorités de l’époque aux lendemains du naufrage, de la découverte mystérieuse de deux corps dont le médecin légiste de la région n’aurait jamais entendu parler ou encore de la synchronicité des journaux reprenant, le même jour, des formulations laissant supposer la publication d’un communiqué de presse commun comprenant des erreurs, notamment sur une supposée tempête s’étant déchaînée cette nuit-là.

S’interrogeant sur ce mur du silence avec lequel les familles des marins disparus ont dû apprendre à composer, Louis Blanchette a voulu rendre hommage à l’équipage du B.F., dont il a énuméré la composition : Charles-Noël, Georges-Enoch et Réal Bernier, Lucien Verreault, Marius Parent, Arthur Fournier, Émilien Blais, Grégoire Bouchard, Normand Beaudoin et François Langelier. La fille de ce dernier, chef mécanicien du bord, a rappelé à quel point sa mère, ne faisant pas confiance au bateau, avait demandé à son mari d’exiger un salaire plus élevé. Elle a évoqué aussi ses souvenirs douloureux de l’annonce du naufrage à la radio. « Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ? / Ô flots, que vous savez de lugubres histoires ! / Flots profonds redoutés des mères à genoux ! » (Victor Hugo).

Louis Blanchette conférence B.F.

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Près de 200 personnes s'étaient déplacées à Baie-des-Sables pour assister à la conférence, dont plusieurs membres des familles des naufragés.

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