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12 mars 2019

Stéphane Quintin - squintin@lexismedia.ca

Matane veut honorer un héros de guerre au parc du presbytère

Jean-Charles Forbes

©Romain Pelletier

Le Matanais Jean-Charles Forbes sera honoré par la Ville de Matane, qui a soumis son nom à la Commission de toponymie du Québec pour baptiser le parc du presbytère.

La Ville de Matane a soumis le nom de Jean-Charles Forbes à la Commission de toponymie du Québec pour baptiser ainsi le parc du presbytère, dans le centre-ville, à proximité du monument dédié aux anciens combattants. À travers ce geste, les élus veulent souligner le parcours hors du commun de cet enfant du pays décoré lors de la Seconde guerre mondiale et de la Guerre de Corée, inhumé à Matane en 2010.

« Un jour, je suis parti au combat, je ne me souciais pas que celui-ci avait commencé lors de ma naissance. J’ai combattu l’ennemi, la peur, la tristesse et la maladie. Tu m’as laissé tout ce temps pour faire la paix et maintenant je dépose les armes car Tu m’as rappelé. Je cogne à Ta porte avec mes blessures de guerre, mais aussi avec l’amour récolté pendant toutes ces belles années que je laisse derrière moi. Même au fond des tranchées, j’ai vu Ta beauté et Ta lumière et j’ai essayé de la préserver d’un coup de pinceau, un air de violon, un souvenir partagé et l’amour des miens. Ne soyez pas triste, oubliez votre chagrin, car je ne souffre plus. Je vogue maintenant vers Lui sur ma goélette et j’arrive à bon port plein de Son amour, car Il m’a accordé la Paix éternelle ». Par cette prière lue à Matane lors de l’inhumation de ses cendres en 2010, Jean-Charles Forbes a pu donner la mesure du traumatisme et de la souffrance subis lors des conflits auxquels il a pris part durant sa carrière militaire. Il y démontre aussi la profondeur de son humanisme et de sa foi, à l’épreuve de la barbarie et de tous les ravages induits par la guerre. Pour rendre hommage à ce héros matanais, la Ville a décidé de soumettre son nom à la Commission de toponymie du Québec afin de baptiser ainsi le parc du presbytère, à proximité du monument des anciens combattants.

Célébré aux Pays-Bas

Considéré, selon un article d’Yvette Lapointe rédigé pour la Société d’histoire et de généalogie de Matane, comme le soldat québécois le plus décoré de l’armée canadienne, « Charly » Forbes, d’ascendance écossaise, est né à Matane en 1921. Accepté au Collège militaire royal de Kingston à la veille de la Seconde guerre mondiale, il en sort lieutenant et se spécialise en artillerie avant de partir vers l’Angleterre en 1942. Durant la périlleuse traversée de l’Atlantique, il assiste au naufrage de l’un des navires du convoi militaire, torpillé par un sous-marin allemand. En 1943, il participe aux préparatifs du débarquement en Normandie, où il pose le pied en juillet 1944 au sein du Régiment de Maisonneuve. Il s’engouffre alors, aux côtés des Américains, du Royaume-Uni, des Polonais et des Français, dans l’enfer de la bataille de Falaise, « un cimetière de chars, de canons et de morts », selon ses propres mots. À la fin du mois d’août, la victoire des alliés aboutit à la libération de Paris.

« Dans les cours d’histoire au primaire, les jeunes apprennent ce qu’il a fait pour nous. Il a risqué sa vie pour notre liberté. » - La consule honoraire des Pays-Bas, Willeke Pierik Blanchet, lors des funérailles de M. Forbes

Les Allemands sont alors repoussés vers le nord-est de la France, la Belgique et les Pays-Bas, où le Matanais reçoit, des mains de la reine Wilhelmine, la plus haute décoration pour bravoure du pays, l’ordre militaire de Guillaume. Sur l’île de Walcheren, porte d’entrée vers le port stratégique d’Anvers, à l’automne 1944, Charly participe à la capture de digues, opération durant laquelle il est laissé pour mort sur le champ de bataille. Ce fait d’arme a été souligné par la consule honoraire des Pays-Bas, Willeke Pierik Blanchet, lors des funérailles de M. Forbes à L’Ancienne-Lorette. « Il a permis d’éviter que des Allemands fassent sauter des digues et inonder de vastes terrains. Des milliers de personnes auraient pu mourir noyées. Son nom est connu dans mon pays. Dans les cours d’histoire au primaire, les jeunes apprennent ce qu’il a fait pour nous. Il a risqué sa vie pour notre liberté », avait-elle déclaré. Rapatrié en Angleterre à la fin de l’année à la suite d’une blessure, le lieutenant retrouve sa famille à l’été 1945 au Québec.

Jean-Charles Forbes décorations

©Romain Pelletier

Les premières médailles à gauche sont l'ordre militaire de Guillaume, la Légion d'honneur et l'Étoile de la France et de l'Allemagne, remises par les Pays-Bas, la France et le Royaume-Uni.

La Guerre de Corée

De retour à la vie civile, Jean-Charles Forbes s’engage pour un temps dans le commerce de bois de son père, qui perd son moulin en 1947 à la suite d’une conjoncture économique difficile. Après avoir travaillé un moment à la station de radio CKBL de Matane, il se réengage dans les Forces armées et s’enrôle cette fois-ci dans la Guerre de Corée (1950-1953) au sein du Royal 22e Régiment, avec lequel il s’illustre notamment lors de la bataille de la colline 355. Les milliers de bombes tirées à cette occasion le feront souffrir de surdité par la suite. De retour au pays en 1952, Charly prend sa retraite des Forces armées canadiennes en 1965, avec le grade de major. Vingt ans plus tard, il est nommé lieutenant-colonel honoraire du Régiment de Maisonneuve. Il reçoit la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec en 2006 et est décoré de la Légion d’honneur par la République française en 2007.

Une retraite artistique

Durant ses années de retraite, à Saint-Ferréol-les-Neiges, Jean-Charles Forbes, qui porte encore en lui les effets traumatisants de ses expériences au front, trouve une forme de réconfort dans la pratique des arts. Violoniste, peintre, il s’est plongé aussi dans la construction d’une goélette et cherche à transmettre son histoire dans des écoles et à de jeunes soldats. C’est son étincelle d’humanisme qui transparaît alors, malgré tous les cauchemars vécus. Convaincu que l’uniforme ne fait pas l’homme mais le défait plutôt, il n’hésite pas, après la guerre, à rencontrer d’anciens combattants allemands et illustre son humour inébranlable dans le titre de ses mémoires : « Fantassin : Pour mon pays, la gloire et…des prunes ». « Il s’est battu pour la paix, pas pour faire la guerre », a souligné l’un de ses fils, Martin, à l’occasion de son décès. En baptisant de son nom le parc du presbytère, qui accueillera le futur verger communautaire financé par le budget participatif ainsi que du mobilier urbain, la Ville de Matane rendra ainsi hommage à l’une de ses plus grandes figures et s’assurera de la transmission de son histoire aux générations futures.

Jean-Charles Forbes

©Romain Pelletier

Malgré les traumatismes vécus au combat, M. Forbes ne s'est jamais départi de son humour.

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