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29 septembre 2018

Dominique Fortier - dfortier@lexismedia.ca

Décès d’Anthony Gagné : la famille réclame 283 000 $ au ministère de la Sécurité publique

Anthony Gagné

©Photo Gracieuseté

Anthony Gagné est décédé le 6 décembre 2016 des suites d'une réaction allergique aux arachides.

La famille d’Anthony Gagné de Marsoui réclame la somme de 283 000 $ au ministère de la Sécurité publique pour ce qu’elle juge être de la négligence de la part du Centre de détention de Rimouski qui a ultimement mené au décès du jeune homme.

Anthony Gagné purgeait une peine de prison de quelques mois pour des contraventions impayées au Centre de détention de Rimouski. Ayant des troubles de la personnalité et d’anxiété connus, le jeune homme de 29 ans avait également une sévère allergie aux arachides.

C’est le 6 décembre 2016 que les choses prirent une tournure tragique. Dans son plateau de repas du soir se retrouvait un dessert contenant des arachides malgré le fait que le service alimentaire de la prison était au courant de son allergie. « C’était inscrit à son dossier et il y avait même un ÉpiPen à son nom dans la cuisine », ajoute sa sœur, Virginie Gagné.

Quoiqu’il en soit, Anthony Gagné aurait tout de même consommé le dessert sachant que celui-ci contenait des arachides selon ce qu’on peut lire dans le rapport du coroner. Peu de temps après, le jeune homme se sent mal et en fait part à un agent des services correctionnels qui lui remet une dose d’adrénaline qu’il s’injecte lui-même.

Sa situation ne s’améliore pas et le détenu continue de ressentir des symptômes résultant de son allergie. Il se déroulera 25 minutes entre le temps où Anthony Gagné s’injecte une dose d’adrénaline et le départ en fourgon cellulaire. Le rapport du coroner souligne que pendant ces 25 minutes, les agents correctionnels prennent le temps de remplir leurs tâches administratives et même d’effectuer une fouille à nu sur le jeune homme. Craignant une fugue du détenu, les agents n’ont pas cru bon de faire appel à une ambulance malgré la sévérité de l’allergie d’Anthony Gagné.

À leur arrivée à l’hôpital de Rimouski à 16 h 50, le jeune homme a de plus en plus de difficultés à respirer puis perd connaissance. On l’étend sur l’asphalte dans le stationnement de l’hôpital pour tenter de le réanimer mais sans succès.

Négligence

Le rapport du coroner soulève plusieurs manquements du côté du service correctionnel dont la méconnaissance des procédures à suivre en cas de choc anaphylactique et la sévérité d’une réaction allergique. On relève également un manquement quant à la préparation et la distribution des repas. « Il en a fallu, peut être, de peu pour que M. Gagné ne reçoive aucune dose d’adrénaline lorsqu’il l’a réclamée puisque l’agent correctionnel a d’abord vérifié avec le personnel de la cuisine la véracité de la prétention de la cuisine. Que serait-il arrivé si la cuisine avait été fermée ? », peut on lire dans le rapport du coroner. De plus, comme il s’agissait d’une quatrième exposition aux arachides, il était évident que la réaction allergique devenait encore plus importante, voire mortelle.

Le coroner ajoute que les agents correctionnels n’ont pas semblé s’inquiéter des signes alarmants que présentait le détenu, soit une difficulté respiratoire et des vomissements. Ces derniers ont préféré procéder avec une fouille à nu et miser sur l’aspect sécurité plutôt que de se soucier de la santé du détenu.

Une famille secouée

Pour Virginie Gagné, il reste encore plusieurs éléments nébuleux dans toute cette histoire. « On dit que mon frère aurait volontairement consommé des arachides dans le but qu’on l’amène à l’hôpital afin d’y recevoir des médicaments. À cet effet, on a fait deux demandes d’accès à l’information pour recevoir le rapport d’enquête interne et on nous le refuse », explique-t-elle.

Le but premier de la démarche de la famille d’Anthony Gagné est de mettre en lumière la négligence du service correctionnel de Rimouski et éventuellement retrouver une certaine paix d’esprit. « Oui il y a un montant inscrit dans notre requête mais ça va bien au-delà de ça. Ce qu’on veut, c’est dénoncer la façon inhumaine dont mon frère a été traité alors qu’il était en situation d’urgence.

Dans la mise en demeure adressée au ministère de la Sécurité publique, on fait état des préjudices moraux importants subis par la famille. La mère du défunt, Claudine Sohier, pense constamment à ce qui est arrivé à son fils et vit avec des problèmes d’anxiété et des crises de panique depuis. Quant à son père, il vit également des troubles d’anxiété et ressent un sentiment perpétuel d’injustice. Quant à sa sœur, Virginie, elle vit toujours avec la douleur de la perte d’un frère dont elle était très proche et dont elle se sentait la protectrice.

Pour ces raisons, la famille réclame 283 000 $ au ministère de la Sécurité publique. Si la mise en demeure est ignorée, une poursuite en bonne et due forme sera déposée. « Si les bonnes mesures avaient été prises, mon frère serait peut être encore en vie aujourd’hui », conclut Virginie Gagné.

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