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16 juillet 2018

Stéphane Quintin - squintin@lexismedia.ca

Un étudiant fait visiter l’église Saint-Jérôme de Matane, pionnière québécoise du style Dom-Bellot

©Photo L’Avantage gaspésien – Stéphane Quintin

Pendant deux semaines encore, jusqu’au 3 août prochain, les portes de l’église Saint-Jérôme de Matane resteront ouvertes aux visiteurs tous les jours durant l’été, avec l’accueil sur place d’un étudiant amateur d’histoire. L’occasion idéale de découvrir à quel point l’édifice religieux est considéré comme un précurseur québécois du style Dom-Bellot, qui s’est développé dans la province au milieu du XXe siècle.

« Notre architecture religieuse contemporaine a pris naissance en 1932 à Matane ». C’est par cette phrase qu’en 1959, dans « Les arts au Canada français », l’historien de l’art Gérard Morisset a résumé son admiration pour l’église Saint-Jérôme de Matane, reconstruite en 1933 après un incendie ayant ravagé l’ancien bâtiment le 6 décembre 1932. Notaire de formation, ce passionné d’histoire de l’art, après avoir contribué, en 1937, à la création de l’Inventaire des œuvres d’art, a été amené à participer à un recensement monumental du patrimoine québécois qui lui a inspiré plusieurs articles sur le style inédit de la nouvelle construction matanaise, inspirée des idées novatrices d’un architecte français devenu moine bénédictin, Dom Bellot, décédé au Québec en 1944. Il était venu y passer ses dernières années, convaincu que le Canada français devait être le point de départ d’un renouveau de l’architecture religieuse en Amérique.

©Photo gracieuseté, extraite de « Matane en histoire et en images »

L'église Saint-Jérôme de Matane après sa reconstruction en 1933, dont l'innovation architecturale est vantée sur cette carte postale.

Ils ont édifié une œuvre qui fera école. -Gérard Morisset, historien de l’art

Une œuvre amenée à faire école

À l’intérieur des murs encore debout de l’église incendiée de 1932, dont la solidité a servi de base au nouveau bâtiment, la 5e église de Matane, bénie en 1934, emprunte la voie d’une architecture résolument avant-gardiste qui en fait « l’une des premières manifestations de l’art religieux moderne au Québec », comme l’a mentionné l’historienne de l’art Nicole Tardif-Painchaud dans son ouvrage « Dom Bellot et l’architecture religieuse au Québec ». Gérard Morisset ne s’y était d’ailleurs pas trompé en soulignant la « largeur d’esprit des membres de la corporation paroissiale » de l’époque. Dans un article de 1937 intitulé « Une église de notre époque : Matane », il félicite ainsi les architectes Paul Rousseau et Philippe Côté pour leur innovation. « Ils ont édifié une œuvre qui fera école, si nous voulons bien essayer d’en comprendre l’esprit et le fécond enseignement ».

©Photo gracieuseté, extraite de « Matane en histoire et en images »

L'église actuelle de Matane résulte de la reconstruction ayant eu lieu suite à l'incendie de la 4e église de la paroisse le 6 décembre 1932.

Les caractéristiques du style Dom Bellot

Intéressé par l’harmonie intrinsèque et le juste équilibre des arcs paraboliques, Dom Bellot a développé une approche architecturale misant beaucoup sur les volumes et la volonté de maintenir les éléments de construction apparents, en les intégrant dans la décoration afin de ne pas avoir recours à un type de beauté factice et encombrant. Philippe Côté a avoué à Mme Tardif-Painchaud qu’il s’était en effet inspiré de Dom Bellot, dont les idées étaient publiées dans des revues d’architecture de l’époque et mentionnées à l’école des Beaux-Arts de Québec. Contrairement à l’ancienne construction, la nouvelle église a ainsi englobé une plus grande surface du bâtiment sous un même volume, tourné vers l’autel, qui commande la distribution de la lumière. « Ce n’est pas la nef m’as-tu vu qui, du haut de ses tonnes de plâtre, écrase l’ignorant sous le nombre et la médiocrité de ses ornements », s’est réjoui Gérard Morisset, critiquant les « fanfreluches » et le « décor indispensablement superflu » de l’ancien édifice, qui contraste avec « les proportions agréables, sans vanité comme sans mensonge » de la nouvelle église, « dépouillée de toute grandiloquence ».

©Photo gracieuseté, extraite de « Matane en histoire et en images »

Les « fanfreluches » et le style « grandiloquent » de l'ancienne église sont raillés par l'historien de l'art Gérard Morisset, enthousiasmé par l'architecture moderne inspirée du style Dom-Bellot ayant régi l'agencement intérieur du nouvel édifice religie

Une église classée « exceptionnelle »

Au niveau de l’inventaire des lieux de culte du Québec, effectué au début des années 2000, l’église Saint-Jérôme, au même titre que l’église Saint-Rédempteur, bénéficie de la cote « B – Exceptionnelle ». Ce sont d’ailleurs les seules églises de la MRC à obtenir cette note, les autres bâtiments étant seulement classés D ou E. À titre de comparaison, la cathédrale Saint-Germain de Rimouski, d’après le site internet de l’inventaire, a reçu pour sa part la note de D. Étudiant en enseignement primaire à Rimouski, Jean-Christophe Bouchard, préposé à l’accueil des touristes durant l’été à l’église Saint-Jérôme, a compté entre 15 et 20 visiteurs par jour en moyenne, avec des vacanciers originaires du Québec, d’Europe (Allemagne, France, Suisse), des États-Unis et même de Colombie. « C’est une très belle église. Il faudrait la garder », peut-on lire dans le livre d’or installé à l’entrée. Peut-être l’auteur de cette phrase, originaire de Pointe-Lebel, avait-il eu vent de l’annonce de la fermeture possible du lieu dans quelques mois, qui viendrait contredire les prévisions de Mgr Antoine Gagnon, qui déclarait, dans son « Histoire de Matane », que l’église Saint-Jérôme se tenait là « solidement campée, de stature robuste, prête à soutenir l’assaut des grands vents du large ».

©Photo gracieuseté Thérèse Sagna

L'église Saint-Jérôme de Matane a reçu la visite de l'évêque au printemps dernier à l'occasion de la confirmation des jeunes parsoissiens.

L’église Saint-Jérôme de Matane est ouverte tous les jours de 12 h à 18 h jusqu’au 3 août.

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