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24 avril 2018

Stéphane Quintin - squintin@lexismedia.ca

Des travailleuses de laboratoire dressent un bilan « catastrophique » du projet Optilab

Pascal Bérubé

©Stéphane Quintin - L'Avantage Gaspésien

Quatre technologistes médicales des hôpitaux de Rimouski, Maria, Matane et Sainte-Anne-des-Monts sont venues dresser un bilan « catastrophique » du projet Optilab au bureau de Matane du député Pascal Bérubé mardi matin. Elles étaient accompagnées de deux représentantes syndicales ayant fermement demandé une suspension de la réforme et souligné ses effets « dévastateurs ».

Pour le député Pascal Bérubé, il était « primordial » de convoquer cette conférence de presse afin de souligner, un an après son implantation, le bilan du projet Optilab, mis en place depuis le 1er avril 2017. Ce dernier consiste à transférer près de 70 % des analyses effectuées dans les laboratoires de la région vers le « laboratoire serveur » mis en place à Rimouski pour desservir le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie.

« Un an après la mise en place de cette réforme, on est toujours dans le brouillard le plus total au niveau des intentions gouvernementales et de l’impact du projet sur une profession mise à mal de manière brutale. On ne nous a toujours pas démontré les avantages d’Optilab mais nous savons par contre très bien ce qu’on y perd », a déploré le député de Matane-Matapédia, réclamant une suspension de la réforme. Lui et ses collègues péquistes de Rimouski et Bonaventure, Harold LeBel et Sylvain Roy ainsi que le député indépendant de Gaspé, Gaétan Lelièvre, ont fait part de leur appui aux travailleurs de laboratoire, exigeant davantage de respect pour la profession, plus de transparence et moins d’improvisation dans la mise en place du projet.

Des travailleuses de laboratoire à bout de nerf

À l’occasion du point presse organisé dans les bureaux du député de Matane, quatre technologistes médicales sont venues livrer leur témoignage glaçant d’un quotidien où « le stress, l’insécurité, l’anxiété et la détresse psychologique » sont montrés du doigt comme le résultat de la réforme, dont les effets sur la santé physique de ces travailleuses de laboratoire se faisait sentir dans la fébrilité pleine d’émotion du timbre de leur voix.

On nous bombarde avec une surcharge de travail misant tout sur la performance au détriment de la qualité du service offert. -Amélie Nadeau, technologiste médicale à l’hôpital de Rimouski

« On n’a jamais aucune information officielle. Les annonces sont faites au compte-gouttes, par le bouche à oreille. On nous impose de trouver des solutions pour faire des coupures. On nous brandit la menace, dans le cas contraire, de nous en imposer qui ne nous plairont pas. On nous demande de choisir entre nous qui pourrait risquer de perdre son poste et on nous bombarde avec une surcharge de travail misant tout sur la performance, au détriment de la qualité du service offert », a énuméré avec écœurement Amélie Nadeau, technologiste médicale à l’hôpital de Rimouski depuis sept ans.

Selon elle, l’abolition de quatre postes dans le Bas-Saint-Laurent a eu pour effet de monter à 500 le nombre de nouveaux échantillons par semaine à analyser, une surcharge de travail qui augmente la fatigue et accroît le risque d’erreurs. « On nous demande d’en faire toujours plus sans l’appareillage ni l’organisation adéquats, dans le but d’atteindre les objectifs toujours plus irréalisables imposés par le ministère », a-t-elle renchéri. Sa collègue Joëlle Gauthier, technologiste médicale à Matane, a rappelé pourtant à quel point ces travailleurs étaient importants, près de 85 % des diagnostics médicaux étant basés, selon elle, sur l’analyse de résultats de laboratoire.

La campagne « Chaos dans le réseau » lancée par l’APTS

La rencontre de ce mardi s’inscrivait dans le cadre d’une campagne de contestation plus vaste lancée par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dont deux répondantes politiques du syndicat étaient présentes aujourd’hui, Mélanie Bernier, pour le Bas-Saint-Laurent, et Guylaine Michel pour la Gaspésie. Intitulée « Allô y’a quelqu’un », elle cherche à illustrer les effets « chaotiques » engendrés par les réformes du ministre Gaétan Barrette. Une plateforme a été mise en place sur internet, alloyaquelquun.com, pour y recueillir le plus de témoignages possible afin de les acheminer au ministère de la Santé.

Mélanie Bernier a dénoncé notamment des failles importantes constatées sur le terrain au niveau du nouveau logiciel implanté dans les laboratoires, pour lequel, a-t-elle déploré, quatre des cinq pilotes informatiques formés pour le maîtriser ont déjà perdu leur poste. « On m’a répondu qu’on allait demander plus tard aux technologistes médicaux de s’occuper de ces tâches-là, ce qui est totalement impossible sur le terrain ! », s’est insurgée Mme Bernier. Cette dernière a par ailleurs expliqué qu’en date d’aujourd’hui, pas moins de 6 000 requêtes contenant des résultats d’analyse n’ont toujours pas été transmis de façon automatique à un médecin, venant menacer le suivi médical adéquat du patient.

©Photo gracieuseté DepositPhotos.com

Pas moins de 6 000 requêtes contenant des résultats d'analyse n'ont toujours pas été transmis à un médecin.

Des perspectives d'emploi « peu alléchantes »  

Pour sa part, Guylaine Michel a dénoncé un manque de dialogue avec les technologistes médicaux de la Gaspésie, dont le CISSS du Bas-Saint-Laurent est devenu le nouvel employeur. « Après s’être fait imposer Optilab par la force sans les consulter, après des nuits d’insomnie et des journées remplies d’anxiété, après avoir avalé la pilule, avoir fait tant de compromis et accepté l’inévitable, voilà que le CISSS du Bas-Saint-Laurent, au lieu de leur dérouler le tapis rouge, à la veille de la signature du protocole de transfert déjà entériné par les technologistes médicaux, a décidé de les priver des négociations de leurs conditions de travail avec leur nouvel employeur, utilisant une brèche dans la loi qui encadre le régime de négociation des conventions collectives dans le secteur public », a-t-elle avancé.

Quant aux perspectives concernant la relève, elles semblent aussi peu alléchantes puisque, selon Josée Landry, travailleuse de laboratoire à l’hôpital de Maria, la grande majorité des finissants de Rimouski, pour cette formation spécialisée qui dure trois ans, devrait chercher à quitter la région faute de perspectives d’emploi. « La relève pense à se réorienter vers d’autres domaines, ce qui pourrait mener à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans notre région », a-t-elle regretté. Rappelons qu’en tout, selon l’APTS, quatre postes ont été supprimés au Bas-Saint-Laurent tandis qu’en Gaspésie, la réduction des heures de travail des employés à temps partiel développe leur sentiment d’insécurité professionnelle.

©Photo gracieuseté DepositPhotos.com - Alexraths

Les technologistes médicales présentes à Matane mardi matin ont dénoncé leurs conditions de travail et ont souligné les effets « catastrophiques » de la mise en place d'Optilab.

Le CISSS refuse tout compromis

Alors que le message essentiel de la rencontre était de demander de revenir sur l’implantation du projet, un an après sa mise en place, soulignant notamment qu’Optilab était mieux adapté à la grande ville qu’aux régions, où le transfert des échantillons connaît plus de contraintes, le CISSS du Bas-Saint-Laurent a refusé tout compromis et s’est montré rassurant.

« Il va de soi que la sécurité, le transport des échantillons, la rapidité des résultats et leur traçabilité sont des conditions essentielles à la mise en place d’Optilab. Il n’y aura aucune fermeture de laboratoire au Bas-Saint-Laurent et le client (sic) ne verra aucune différence, ni lors de la prise de test ni dans la rapidité des analyses qu’il recevra. La qualité des examens restera la même et nous ne ferons aucun compromis », a réagi Lise Chabot, responsable des communications.

« Le projet est en marche depuis plus d’un an et verra le jour seulement dans les prochaines années. Il n’en est qu’au tout début de sa mise en œuvre et nous désirons évidemment évaluer les différents enjeux, en faire une planification minutieuse et procéder par étape », a-t-elle ajouté en précisant que des comités de travail avait été mis sur pied pour entamer des rencontres avec le personnel.

Pour en savoir plus sur le sujet, il est possible de consulter les articles suivants :

  1. 52 travailleurs de laboratoire gaspésiens seront dirigés par Rimouski
  2. Projet Optilab: une quarantaine de technologistes médicaux menacés
  3. Sainte-Anne-des-Monts demande un moratoire sur le projet Optilab
  4. 20 000 signataires contre l'implantation d'Optilab
  5. Manifestation contre Optilab à Sainte-Anne-des-Monts
  6. NON à Optilab

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