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Le Cégep de Matane se distingue au Québec et garantit sa survie grâce aux étudiants étrangers


Publié le 26 juin 2018

Selon les chiffres provisoires des inscriptions pour la rentrée prochaine, le Cégep de Matane pourrait battre son record d’étudiants étrangers.

©Photo L’Avantage gaspésien – Stéphane Quintin

Selon les chiffres provisoires des inscriptions prévues à la rentrée prochaine, le Cégep de Matane a eu le plaisir de constater à quel point sa politique de développement à l’international semblait porter ses fruits, plaçant notamment l’établissement collégial matanais parmi les plus accueillants à l’échelle du Québec, un gage de garantie pour sa survie.   

Alors que le déclin démographique de la population locale apparaît comme une menace pour la survie des principaux établissements collégiaux dans les régions du Québec éloignées de la métropole, à Matane, l’accueil des étudiants étrangers en formation initiale est l’une des solutions déployées par le cégep pour maintenir son existence. Leur nombre est passé d’une dizaine à environ 240 entre 2004 et 2017. Entre ces deux dates, parmi les principaux effectifs des étudiants internationaux, le nombre des étudiants français originaires de la France métropolitaine est passé de 3 à 160. Quant aux Français originaires de l’Île de la Réunion, située dans l’océan Indien au large de Madagascar, dans le sud de l’Afrique, leur nombre a été multiplié par dix entre 2004 et les projections pour la rentrée prochaine, passant de 8 à 83 étudiants.  

Il ne faut pas avoir peur de le dire mais l’accueil des étudiants internationaux au Cégep de Matane est une question de survie.

Pierre Bédard, directeur général du Cégep de Matane

Face aux perspectives de vieillissement de la population locale, l’établissement matanais n’a pas eu d’autres choix que de développer une expertise dans ce domaine pour pouvoir maintenir une offre de programmes intéressante. En effet, selon Statistique Canada, une baisse de 65 % des 20-24 ans serait attendue entre 2016 et 2026 à Matane, obligeant le cégep à se tourner vers l’accueil des étudiants internationaux pour sa survie, mais aussi à développer la mobilité québécoise, un objectif prioritaire pour les prochaines années. « Il ne faut pas avoir peur de le dire mais l’accueil des étudiants internationaux au Cégep de Matane est une question de survie. Les établissements collégiaux sont la plus grande porte pour l’immigration à l’est du Québec et à Matane nous sommes en avance sur bien des cégeps dans ce domaine-là », a précisé Pierre Bédard, le directeur général du Cégep de Matane.

Le Cégep de Matane à la pointe de l’accueil des étrangers

De gauche à droite, Pierre Bédard, directeur général de l'établissement, et Carole Bourget, responsable du développement international.
Photo L’Avantage gaspésien – Stéphane Quintin

Selon les projections liées à l’inscription des étudiants étrangers à la rentrée prochaine, l’établissement collégial matanais pourrait accueillir un nombre record de 300 étudiants internationaux, même si les chiffres ne sont que provisoires à l’heure actuelle. Alors que jusqu’ici la population étudiante était répartie de manière équilibrée entre les personnes originaires de la Commission scolaire des Monts-et-Marées, les Québécois d’autres régions et les étudiants étrangers, ces derniers, essentiellement francophones, avant tout Français mais avec des perspectives de croissance du côté de la Belgique, occupent une place de plus en plus importante au sein de l’établissement.

« Le Cégep de Matane est très dynamique dans ce domaine et, sans avoir encore les derniers chiffres à l’échelle du Québec, je peux dire qu’il se positionne comme l’un des cégeps qui accueillent le plus d’étudiants internationaux. C’est une solution gagnante pour tous, sans laquelle certains programmes risqueraient de disparaître », a témoigné pour sa part Judith Laurier, porte-parole de la Fédération des cégeps, en rappelant qu’à l’automne 2016, les 48 cégeps québécois avaient accueilli un total de 3 926 étudiants étrangers. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le SANAM (service d’accueil des nouveaux arrivants de la Matanie) est installé dans les locaux du Cégep de Matane.  

Une place non négligeable dans l'économie matanaise

En confrontant les projections démographiques de vieillissement de la population matanaise et les enjeux de pénurie de main-d’œuvre, le Cégep semble alors jouer un rôle économique fondamental dans le paysage matanais. En considérant que les étudiants originaires de l’extérieur de la Commission scolaire des Monts-et-Marées sont amenés à dépenser près de 15 000 $ par année (logement, nourriture, transport, vêtements, loisirs, etc…), le Cégep de Matane a ainsi calculé que les dépenses de subsistance de ces derniers pouvaient s’élever à près de 7,9 M$, soit un apport non négligeable dans l’économie locale. « Quand on est rendu à régler des problèmes de logement pour pouvoir accueillir tous les futurs étudiants, c’est plutôt agréable », s’est réjoui M. Bédard, comptant notamment sur les expositions médiatiques récentes du cégep à l’international, en animation 3D et en photographie, pour accentuer le recrutement.

Au fil des ans, la responsable du développement international du Cégep de Matane, Carole Bourget, est parvenue pour sa part à faire bénéficier l’établissement d’une expertise dans le domaine du recrutement, près de 80 partenariats ayant été conclus avec des établissements français pour créer des passerelles de mobilité entre les deux pays. Trois à quatre missions par année sont aussi prévues en France dans différents salons et d’anciens étudiants retournés vivre là-bas sont sollicités pour agir à titre d’ambassadeurs directement sur place. L’accueil et l’intégration des étudiants internationaux, avec les échanges culturels qui en découlent à Matane, ont aussi été développés par le cégep, conscient qu’une expertise enviable dans le domaine pourrait lui permettre de maintenir une offre de programmes attractive et faire face plus sereinement à la chute démographique annoncée dans la région. Quant à la rétention des anciens étudiants en Matanie, c'est aussi l'un des dossiers jugés prioritaires par M. Bédard, qui compte éventuellement travailler en collaboration avec la MRC. Le directeur du Cégep espère aussi parvenir à développer l'offre de transports entre l'établissement et le centre-ville.