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Abondance d'emplois, prospérité et absence de chômage d'ici 1963 promettait le député Arseneault


Publié le 29 août 2017

La Gaspésie a longtemps misé sur le secteur forestier pour assurer son développement économique.

©Photo Gracieuseté - Musée de la Gaspésie

En 1961, le ministre des Terres et Forêts, Bona Arsenault, promettait rien de moins que le plein emploi, la fin du chômage et une grande période de prospérité économique pour la région de la Gaspésie.

Le député libéral, Bona Arsenault.
Photo Gracieuseté - Musée de la Gaspésie

L'homme politique originaire de Bonaventure, agissant comme député de Matapédia et ministre libéral sous Jean Lesage, avait visiblement de grandes ambitions pour sa région natale. À l'aube d'élections anticipées sur le thème de la nationalisation de l'électricité, Bona Arsenault y était allé d'une audacieuse déclaration. « Le chômage sera absent de la péninsule en 1963. En fait, il manquera des hommes pour remplir tous les emplois offerts. » Selon le principal intéressé, la Gaspésie allait être rien de moins que la région la plus prospère du Québec d'ici 1963.

Le ministre Arsenault avait un plan en trois points pour concrétiser son ambitieuse promesse. Tout d'abord, il y avait la redéfinition des limites des concessions forestières qui allait permettre à la Gaspesia Pulp and paper de Chandler de s'approvisionner en bois à même les terres gaspésiennes. De cette façon, l'usine allait pouvoir être plus compétitive.

Deuxièmement, Bona Arsenault expliquait que les lignes de transmission installées sur la rive sud allaient aider à rendre les industries plus compétitives puisqu'elles n'auraient plus à payer le double du prix pour leur approvisionnement en électricité. De nouvelles lignes allaient être érigées entre Lévis et Les Boules, Campbellton et New Carlisle ainsi qu'entre Murdochville et Chandler.

Finalement, le ministre misait beaucoup sur les transports en évoquant la construction de routes d'accès vers « l'intérieur accidenté de la péninsule » permettant d'atteindre plus facilement les ressources naturelles. Il avait aussi parlé de plusieurs moulins à papier qui allaient être érigés.

Perspective historique

L'historien, Jean-Marie Fallu.
Photo TC Media - Dominique Fortier

Selon l'historien, Jean-Marie Fallu, les déclarations de Bona Arsenault se voulaient bien informées. « Le ministre savait que le Bureau d'aménagement de l'Est-du-Québec (BAEQ) allait prendre forme prochainement. Bien que décrié aujourd'hui par plusieurs, il s'agissait d'une mesure nécessaire puisque la Gaspésie était en retard sur beaucoup de points en terme de modernisation. L'industrie de la pêche était en mauvais état, les chalutiers n'étaient plus performants et la forêt se voulait une avenue à développer. »

Contrairement à ce que plusieurs pouvaient penser, une bonne proportion d'élus gaspésiens supportait le BAEQ qui avait pour mission de redéfinir des pôles stratégiques de développement.

Par ailleurs, l'historien rappelle que l'approvisionnement en électricité causait effectivement des maux de tête aux industries. « Quant aux moulins à papier, il n'avait pas tort. Si on regarde des municipalités comme Saint-Elzéar ou Saint-Alphonse, il est vrai qu'on s'est rapproché du plein emploi justement en raison de ces moulins. » C'est aussi à cette période qu'on parlait de faire de Forillon un parc fédéral afin de stimuler le tourisme.

Au final, l'historien croit que le ministre Arsenault avait de bonnes intentions et que de réels gains ont été faits en Gaspésie à cette époque mais quant au plein emploi partout dans la péninsule, l'objectif n'a évidemment pas été atteint. « Ça reste un politicien. Il avait le don lui aussi d'exagérer un brin! »